Polynésie : Huahine, l’authentique

L’île est intense de son passé ancestral et culturel, de ses femmes et de ses hommes, belle de son lagon, de ses plages aux sables blanc ou vieux rose, aux découpes arabesques sur fond vert profond, celui de ses montagnes.    Huahine s’offre aux voyageurs telle un coffre à secrets précieux. Moments d’émotions vraies au gré de nos rencontres comme des signes faisant sens pour décrypter son mystère. Carnet de bord…                                                                                                                                                             

Lundi 6 novembre. Nous venons d’atterrir à Huahine. En provenance de Tahiti pour Fred le photographe, et pour moi, de Rangiroa, le plus atoll de l’archipel des Tuamotu. Débarquement. Ici,, il fait gris. Le regard du photographe s’attarde sur le ciel. Fred est-il inquiet ? Un peu. Moi aussi. Fort heureusement, bien vite, le soleil revient. Des rencontres privilège et incontournables à venir ! Totale complicité pour un reportage et nous régaler. Je vous invite à nous suivre .                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     _PFT71639 h00… Fils de Huahine, Moana Tissot, homme d’entreprise d’aujourd’hui, sait vivre en accord intime avec son passé culturel. Homme d’avenir, il a des projets plein la tête pour développer sur son île, un tourisme bien contrôlé. « Huahine est l’île authentique de la Polynésie. Elle doit le rester. Cela doit se réaliser avec sa population.  » Son accueil est chaleureux et efficace. Tout devient plus simple. Nous lui expliquons notre attente. Elle est grande, c’est vrai.  » Huahine est, dites-vous, une île authentique. Nous sommes ici pour la comprendre. Nous voulons faire des rencontres, goûter à la sensualité sauvage de ses paysages intérieurs, au charme de ses plages, découvrir ses villages.  » Moana a compris. Nos regards se croisent…Il sera notre guide. Moana passe quelques coups de fil à propos. Pour nous, le temps de l’installation dans un joli jardin tout nature, au bord de la plage et son platier. Nous sommes sur la côte Nord-Ouest de la grande île. L’option voiture est indispensable… Huahine est vaste.

10h00… Rencontre première… Tihoti, un tatoueur vrai. Il se définit également comme Tailleur de pierre  et Bâtisseur de Marae. Devant son Fare Tata’u, un nouveau marae est en construction, déjà doté de ti’i (représentation anthropomorphe de l’archipel de la Société), de pierres levées, granit et corail, d’auti, cordilyne, plante sacrée du bassin Pacifique, complète le décor. _PFT5853 Tihoti explique « Mon marae apprendra à mes enfants d’où ils viennent. Il est la fondation, Te Niu, de ma famille d’aujourd’hui et la source de notre foi en Taaro’a pour le renouveau de notre culture. Je suis un homme du XXIe siècle. Je vis ma culture de tout mon être. Le passé de mon peuple m’a construit. Moi, je construis pour l’avenir. Je voudrais mes gestes comme des symboles forts ». _PFT5779Des mots extirpés de ses tripes. Tihoti a 39 ans.  Tout en lui exprime avec force et conviction une sensibilité à fleur de peau. Des mots bénéfiques pour agir. « Je suis en souci pour la Culture polynésienne dans le futur. Nous sommes un peuple d’accueil, d’amour, de partage. Nos valeurs sont celles de nos Anciens. Je regarde autour de moi, je vois tout dégringoler. Nous n’avons plus de repères. Je crie avec mon âme. Alors, je me bats. Je vis, je pense, je rêve pour laisser un patrimoine culturel à mes enfants. Ma passion est la transmission de ma culture, celle de mes ancêtres. Les arts Mao’hi sont les passerelles de transmission d’aujourd’hui : tata’u, tatouage, sculpture. Le marae d’aujourd’hui est une œuvre d’art empreinte de la Tradition culturelle et non du Religieux sacré, je ne suis pas un tahu’a, prêtre. Chaque famille devrait avoir sa fondation ». Le propos est moderne. Il se dégage de lui un sentiment de plénitude. Ancré fortement dans les Temps anciens, Tihoti vit son quotidien d’aujourd’hui. Simplement. Ses thèmes d’inspiration sont posés sur papier Canson. En noir et blanc. Tihoti dessine les messages à sa descendance pour aller au vrai sens de la vie « La terre c’est la source de ta vie. ». « Haere to oe fenua aia, Aime ta terre natale.». « Haere to oe Reo Tumu, Aime ta langue. ». « A Turu to oe fenua, Soutiens ta terre ». L’artiste Ma’ohi étonne par la nouveauté de son discours. Provocation illuminée ? Je ne le crois pas. L’homme est en cohérence avec sa culture ancestrale, son environnement, avec lui-même. _PFT5765Son corps vierge de toute inscription côté droit est la Modernité, tatoué de la tête aux orteils côté cœur, c’est la Tradition. Tihoti est Equilibre. Un coup d’œil au photographe…  Sûr, Fred prend plaisir ! Moi ? J’écoute ce chantre éclairé du renouveau de la culture des Anciens, à transmettre aux générations futures. Le temps s’égrène trop vite.

Midi… Juste le temps d’un déjeuner à Fare.

_PFT5861Après-midi… Nous allons vers la côte Est, entre Maeva et Faie. Moana, qui nous accompagne, nous conduit chez son ami, Peter le potier. La navette de Beco est là. Il nous conduit en bateau, loin là-bas, jusqu’au motu Te Tiare. Nous accostons. La beauté du paysage est remarquable. Nous empruntons un chemin de traverse entre hangars à matériels et ateliers de poterie qui abritent les fours de Peter. Plus loin, entre une parcelle de terre plantée de noni et un champ de tiare, la fleur emblématique de Tahiti, le sentier débouche sur l’autre bord du motu. _PFT6002Nous faisons connaissance avec Ghislaine et Peter Owen. Nous notons la simplicité et la sincérité de l’accueil. Peter, d’origine californienne et ¼ Indien (surtout ne pas omettre !), a rencontré son épouse tahitienne là-bas. Le retour au pays d’ici date de 30 ans. _PFT6026 » L’authenticité de Huahine doit être jalousement préservée. Son âme, c’est sa culture et son environnement « . Le ton de l’échange est donné. Peter et Moana sont tous deux membres actifs de l’association  » Paruru Te Natura  » dont les actions, en partenariat avec les institutions et les associations religieuses, sont concrètes : protection du littoral en luttant contre l’extraction sauvage du sable, gestion du dépotoir à ciel ouvert, nettoyage du lac de Maeva, etc… Ils sont concernés jusqu’au plus profond de leur être :  » L’association Paruru Te Natura existe pour l’embellissement de l’île. Elle mettra en exergue les spécificités culturelles et artistiques de chacun des huit districts de Huahine « . Les projets culturels et touristiques de Peter sont nombreux. L’un lui tient plus à cœur, celui de la Terre Vaito’otia du côté de Fare, le plus ancien site archéologique recensé dans les îles de la Société. J’interroge : « Huahine défigurée ? » Réponse : « On ne perdra pas la tête. » Humour, enthousiasme et conviction. _PFT6043Peter est un sacré Monsieur. Nous sommes vraiment séduits. Au retour, nous visiterons la ferme perlière de Peter, le joli fare au milieu du lagon.

Fin d’après-midi… Nous avons rencontré Papa Revy. A venir,un article pour sa passion de la vanille.A suivre…

Mardi 7 novembre. Moana nous accompagne. Tôt ce matin, le soleil est haut dans le ciel bleu limpide. L’air ambiant est presque chaud déjà. Nous (Fred et moi-même), on apprécie. Aujourd’hui, j’ai noté sur mon agenda : journée « Culture ancestrale et légendes ». Le passé royal de l’ancienne Mata’irea, Huahine, est inscrit à Maeva, la cité sacrée du temps d’avant. En point d’orgue de cette journée, notre rendez-vous avec Dorothy Levy au Fare Pote’e de Maeva, lieu de réunion. Notre hôtesse parle avec intérêt et passion.  » Mes racines profondes sont tahitiennes. Elevée aux Etats-Unis, je suis définitivement revenue ici à 27 ans, pour rejoindre Bobby Holcomb, déjà artiste emblématique de l’île, chanteur et peintre du Panthéon polynésien « . _PFT6267 Protéger l’héritage culturel de Maeva ainsi que son environnement, apprendre l’histoire de leur île aux jeunes, autant de batailles menées depuis de nombreuses années par Dorothy, Bobby, Henry Hiro et leurs amis pour le renouveau culturel de Huahine. _PFT6298 Les vestiges cérémoniels des familles et les marae, espaces de rencontre entre les Hommes et les Divinités, s’étendent de chaque côté de la route. Ils sont, pour la plupart, datés du XVIe siècle. Des esplanades de grosses pierres plates bordent la lagune, d’énormes blocs de corail s’y dressent. En haut, côté montagne, le Marae royal, Matairea Rahi, dédié au dieu Tane était le centre du pouvoir avec les rassemblements claniques des chefs des huit districts de l’île. Dorothy est intarissable.  » Aujourd’hui, Bobby et Henry s’en sont allés.   Le flambeau perdure : une association existe,  » Opu Nui « . Je salue la reconstruction du Fare Pote’e, lieu de réunion dans les temps anciens, devenu un musée. Le miracle, c’est que j’ai repris le Fare Pote’e. Par l’art culturel, nous essayons de changer la conscience des gens. Nous voulons créer un écotourisme ici pour sauvegarder notre environnement et notre culture. Cet endroit est sacré et unique. Le touriste a un réel respect pour notre culture « . Et d’ajouter :  » Huahine est un catalyseur d’énergies et de lumière pour l’Humanité.  »  Sûrement. Nous, on veut croire au Mana de Huahine. Dehors, sur l’esplanade des sites archéologiques, le jardin est entretenu par Flores et A’a, ce dernier porte sur le corps de magnifiques tatouages. Dorothy m’a dit qu’il était masseur aussi. Je lui demande de me parler du taurumi, massage. En réponse, il nous invite chez son ami Tihoti en fin d’après-midi. Nous y serons. De l’autre côté de la route, au milieu d’un jardin foisonnant de fleurs, une mama nous observe. Moana s’approche. Mama Christine Labaste, _PFT6312motua, petite-fille de Pouvanaa A O’opa (on se souvient qu’il fut le premier autonomiste du pays…), est la propriétaire du lieu. Un joli toit abrite un étal. Seule, elle a tressé les palmes de cocotier,  les a fait sécher et a monté son toit de niau. Les niau sont attachés à l’ancienne avec des lianes de purau. Savez-vous que ses fleurs jaune vif le matin, s’alanguissent en parterre rose saumon à la fin de la journée ?  Sur l’étal, des bouteille de monoï, huile extraite de la pulpe blanche de la noix de coco, renvoie les rayons du soleil. Les jaunes citron, or et brun, sont lumineux.  _PFT6315 Mama Labaste prend soin des fleurs de son jardin, elles seront les parfums de son monoï.Petite leçon de savoir-faire pour nous… d’abord râper le coco, mélanger ensuite la pulpe avec du gras de tupa (crabe) ou de Bernard l’Hermite dans une toile et laisser reposer une nuit. Le lendemain, ajouter vos fleurs préférées pour leurs parfums subtiles, tiare Tahiti ou pitate, jasmin de nuit, ou taina, camélia, au mélange et laisser sécher le tout pendant deux à trois mois. Patience ! En récompense, l’onctueux de votre monoï comme une caresse sur votre peau. Beau cadeau, non ?

Bientôt midi… Nous avons encore le temps de faire une belle balade. A la sortie du village de Maeva, un pont de bois franchit le lac et mène au Motu Oavarei. _PFT6334 Là, à droite, une double tombe rappelle l’histoire mouvementée de l’île. Huahine, gardienne jalouse de sa liberté, revendique sa réputation de résistance à la colonisation. Moana tient un discours apaisé et nous explique que  » l’Amicale des Anciens Militaires de Huahine, à l’origine de la restauration de ce monument, se souvient, et œuvre surtout pour l’insertion sociale et professionnelle des jeunes de l’île. Nous avons réussi à en envoyer 180 en formation dans les différents centres du SMA (Service Militaire Adapté), à Tahiti, aux Australes et aux Marquises « . Initiative encourageante. Un chemin en soupe de corail traverse le motu pour aboutir du côté de l’aéroport. _PFT6356 Il longe, côté lagune, un quadrillage agricole planté de pastèques et de melons. Au milieu d’une cocoteraie en bordure du chemin se dresse le Marae Manunu. Sa légende est belle, laissez-moi vous la conter, selon Bobby : la fille d’un chef de Raiatea se prénommait Hotu Hiva. Ses visions la poussèrent à entreprendre un étrange voyage sur l’océan vers l’île de Huahine. Elle vogua à l’intérieur d’un grand pahu, tambour.Le pahu échoua sur le rivage de Maeva au lieu-dit Too’erau Roa (du Grand Nord). Toute engourdie, elle s’endormit. Ce marae familial fut élevé pour remercier les dieux qui l’avaient aidée. Son nom, Manunu, signifie fatigué. _PFT6354Au pied de l’imposant mur d’enceinte,sous une dalle de l’ahu, repose la dépouille de Raiti, dernier grand prêtre de l’île de Huahine, mort en 1915.

14h00… Moana nous présente un nouveau personnage, Firmin. Il est guide. _PFT6470Avec lui, nous irons cet après-midi, sur les routes du tour de Terre haute des Îles Sous- Le vent, Huahine est modelée par trois volcans plus anciens que ceux de Tahiti. Nous allons explorer les atours tout en en pleins et en déliés lumineux, en douceurs naturelles de la duelle Huahine, Nui et Iti. Huahine, comme deux îles jumelles posée dans un même lagon. Les deux terres sont séparées de l’île.par un large canal naturel obstrué par un petit volcan, le Mont Vahi à 198 mètres. Sur Huahine Nui, le mont Turu culmine à 669 mètres, tandis que le Pohue Rahi s’élève sur Huahine Iti .à 462 mètres. _PFT0359Infrastructure importante de l’île, un pont fait le lien entre les deux terres. Au bon plaisir des enfants, lesquels ont trouvé là, un plongeoir exceptionnel !  Notre guide est, lui aussi attaché à la culture de son île. Il nous fait découvrir Huahine par ses chemins de traverse et nous conte également ses légendes. Je me régale dans ce dédale mythologique. Mais, Firmin insiste auprès de nous sur le fait que seuls les habitants d’un lieu peuvent s’octroyer le droit de raconter ses légendes ! Alors, l’idée de la retranscription l’indispose. Mon régal ne peut se partager par écrit. C’est bien dommage ! Soit ! Les légendes ne seraient-elles plus des contes populaires ?

17h00… _PFT6544Il est temps d’aller rejoindre A’a chez Tihoti. Le taurumi n’est pas un massage basique ! Ici, le toucher est celui transmis au sein des familles par les Anciens. Promis, j’y reviendrai de manière détaillée parce que, bien sûr, je me le suis fait expliquer et puis, je vais aussi me laisser tenter.

17h30… Fare, le chef-lieu administratif de Huahine, se love dans un creux de la côte à l’abri d’un récif qui la protège du Maramu (alizé) et de la houle. Ici, les gens gentils, authentiques, naturels, vous disent « Ia orana ! », Bonjour ! Sur le quai, à l’heure où le soleil se fond à l’horizon,  Fare prend vie.    Alors que le supermarché a fermé ses portes, s’installent en bord de route des étals de légumes, taro, patate, fe’i, pastèque et vanille. _PFT5859Les tenancières des roulottes relèvent leurs auvents, installent leurs tables, préparent le ma’a, repas. Au menu, poisson cru, grillades de poulet ou steak-frites. _PFT6211A côté, les deux terrasses du restaurant face à la mer accueillent leurs clients. Les 4X4 et les Pick-up circulent au pas pour trouver un stationnement. Quelques personnes déambulent à pied.   Au bord du lagon,  des jeunes discutent, leurs vélos couchés par terre, d’autres pêchent et plongent des rochers. Ce soir, on s’affaire sur le quai, deux bateaux doivent arriver. _PFT6649Les goélettes, comme on dit encore ici, sont, pour les archipels éloignés, les relais vitaux avec Tahiti. La vie de Fare est scandée par les accostages des goélettes : le Vaianu en provenance de Taha’a, l’île proche, ou le tout rouge Taporo VII. C’est ainsi depuis toujours.Nous sommes là au milieu des curieux. Mama Peny, 91 ans, mémoire de Fare, nous dira tout cela. Nous avons rendez-vous avec elle, jeudi.

Mercredi 8 novembre. Petit déjeuner très matinal. Hier, nous avons vu par la route que Huahine Nui et Huahin e Iti étaient séparées par un large canal naturel. Aujourd’hui, c’est l’aventure  ! Du lagon, nous allons découvrir et explorer Huahine la sauvage, avec Armand. _PFT6677A l’Est, l’entrée du chenal porte le nom de Baie de Maroe, et à l’Ouest, le nom de Baie de Bourayne. Légende…  Dans un accès de fureur, Hiro, le dieu des voleurs, aurait creusé cette passe avec sa pirogue. Dans un débordement de colère, il jeta sa pagaie contre la falaise qui en conserve encore la   marque. Hua, sexe, Hine, femme. Huahine !  L’île fut bien nommée par les Anciens. Mystère, sensualité, volupté soulignent le tracé de l’île. Des pleins vert profond et des déliés émeraude et turquoise, lumineux. A Huahine Nui, la ligne de crête des montagnes dessine la silhouette couchée d’une vahine, femme. On distingue la tête, les seins et le ventre arrondi aux formes d’un ou deux enfants, peut-être ? C’est Hina, déesse des Ma’ohi, l’épouse de Hiro. A Huahine Iti, sur les montagnes de Maroe, à la pointe de Rate, des aiguilles rocheuses se dressent orgueilleuses vers le ciel. Et la légende de Hiro revient… On dit que l’une des aiguilles est le Kokoro, _PFT0621le sexe de Hiro. Partout sur l’île, la pierre porte l’empreinte de ce personnage mythique. Au-delà de l’anneau corallien de Huahine, à 35 km, Raiatea et son île sœur Tahaa complètent avec Bora-Bora et Maupiti plus à l’Ouest, le groupe des Îles-Sous-Le-Vent de l’archipel de la Société. Le temps est au beau fixe. Fred et moi-même recevons ce moment de reportage comme un cadeau. Bonheur de touriste ! DSC04657Lagon calme et bleu cristallin, baleines et baleineau en baignade, chants et ukulele, pique-nique pieds dans l’eau sur un motu et balade guidée au milieu des requins. En reportage, tout de même, n’est-ce pas Fred ? _PFT6892Le plus, la rencontre de Wilfrid ou la vie Robinson. Un Robinson de  Huahine créatif, ingénieux et travailleur. Ses champs de melons et de pastèques en témoignent.

16h00… Il est encore temps d’aller voir Tehopa Mare, _PFT7155l’un des Sages de l’île. Il a 71 ans. Le hangar est simple, rustique, naturel. Une longue table en bois et ses bancs. Nous nous installons. Clin d’œil… Les nonos (petits moustiques) aussi ! Moana se fait  médiateur et interprète du discours pour nous.Tel un orero, orateur, des temps anciens, Papa Tehopa raconte les trois noms de son île,  » Te Mata o Too’erau, Huahine, Matai’rea.  » L’histoire prend sa source dans son Puta Tupuna, le livre de la généalogie de ses Ancêtres. Il nous apprend qu’il a choisi sa nièce, Marietta Mare, pour la transmission de son savoir. Le fait est exceptionnel pour une femme. Le sage metua nous dit les légendes fondatrices de Huahine. « C’est une offrande d’exception, rare « , me dit Moana. Une marque de confiance qui oblige notre respect. Nous avons écouté. L’obscurité de la nuit s’installe sur Maeva…La voix de Papa Tehopa nous a bercé jusqu’au profond de la nuit étoilée.

Jeudi 9 novembre. 10h000…Dernière matinée à Fare. Emotions ! Notre rendez-vous d’aujourd’hui a été pris avec Maeva qui dit de sa grand-mère, Pupu Teura Mare,   « ... qu’ elle est la mémoire de Fare « . La Grande-dame que nous rencontrons, Mama Peny, comme on l’appelle affectueusement à Huahine, a 91 ans. _PFT7247Mama Peny nous accueille. « Haere Mai !», Viens ! Pour nous, elle s’est faite toute belle. Le regard clair, tout sourire, elle est fière et heureuse de raconter sa vie simple dans la maison de sa jeunesse au temps où avec son mari, ils vivaient tous deux à Fare, sur le quai. Une maison cousue d’anecdotes historiques. D’abord ce fût la première maison construite en bois à Fare en 1937, devenue plus tard le premier Restaurant-Café de la place. Mama Peny se souvient et raconte encore et encore… « Quand le Général de Gaulle est venu à Huahine pour rencontrer son ami Pouvanaa a Oopa, c’est mon époux qui lui a construit un lit sur mesure tellement il était grand. C’est ici aussi que Pouvanaa a Oopa, le frère de Papa Peny, mon mari, a été arrêté. » Mama Peny vit entourée de ses motua, petits-enfants et arrière- arrière petits-enfants. « J’ai fini mon temps. C’est la passation maintenant. Mais, tant que je n’ai pas mon siège là-haut, je ne partirai pas. » Elle me dit que l’époque d’aujourd’hui ne lui convient pas. « Les gens sont devenus trop individualistes. Avant les gens s’aimaient beaucoup ». Si elle pouvait revenir au temps passé, elle apprécierait. « Même les Matahiapo ne sont plus des personnes âgées comme moi. Elles ont à peine 50 ans ! » Alors que Fred lui fait prendre la pause dehors dans la rue, elle est vite sollicitée par les passants. Mama Peny est devenue au fil des ans, la personnalité de Huahine. Merci, Maruuru, Mama Peny !

Fin du voyage. Avec Fred, nous avons rencontré des gens simples et humbles. Pour eux, générosité, sens de l’accueil et du partage ne sont pas de vains mots. Huahine est l’île authentique. J’ai fait connaissance avec Huahine pour la première fois il y a 13 ans. _PFT0498Il pleuvait à verse, les nuages posés sur la montagne. Mon coup de cœur fut immédiat.La lagune de Maeva bordée de ses cocotiers est magnifique, même sous une pluie battante !                      Un ensorcellement comme un don pour l’infini.i

Rédactionnel : Blandine Dumazel. Photos : Fred et BlD. Reva, 2007.

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